lundi 8 février 2010

Ukraine : l’Orange est pressée –N°628- 3e année

La victoire de Viktor Ianoukovitch sur sa rivale et Premier ministre, Ioulia Tymochenko met un terme à la période « Orange » débutée en 2004.
La Présidence de Viktor Iouchtchenko (2004-2009) a finalement dégoûté les Ukrainiens par le haut degré de corruption, les crises politiques multiples et une dégradation brutale de la vie économique.
Sur le plan intérieur, la politique ukrainienne ne propose pas une lecture facile tant les multiples formations rendent fragiles toute coalition et par conséquent toute majorité à la Rada. Le Premier ministre Ioulia Tymochenko, en poste depuis 2007, a une marge de manœuvre limitée : le Parti des régions (pro-russe) soutenu par Notre Ukraine, a promis de déposer une motion de censure comptant sur la dynamique de l’élection présidentielle pour faire basculer l’un des partis soutenant Ioulia Tymochenko . Si cette manœuvre échouait, le Président et le Premier ministre devraient cohabiter jusqu’en septembre 2011 à moins d’élections anticipées.
Sur le plan extérieur, les tentatives de rapprochement avec l’Union européenne ne connurent pas une issue heureuse en raison, notamment, à l’opposition allemande qui ne cessa pas de privilégier les relations avec Moscou, pas davantage celles d’intégrer l’OTAN n’aboutirent faute d’un consensus. L’Ukraine se retrouve donc avec deux épines, la première en Crimée où est la marine russe et au sud, en Transnistrie ou République moldave du Dniestr où stationne la XIVe armée russe.
Le rapprochement américano-russe (négociations du traité SALT-II) depuis l’avènement de Barack Obama n’a fait que rendre logique le processus de réintégration de l’Ukraine dans la sphère d’influence moscovite. Cependant, les lobbies néo-conservateurs américains qui avaient fait pleuvoir une pluie de dollars en 2004 ne renoncent pas à l’action. On le voit encore avec l’affaire des anti-missiles SM-3 que Bucarest a accepté d’installer afin, dit-on, de contrer une attaque iranienne !!!! Sans doute tenteront-ils de circonvenir Ioulia Tymochenko oubliant, au passage, qu’ayant fait fortune dans le gaz, celle-ci sera sensible à de bonnes relations avec GazProm dont l’une des éminences n’est autre que l’ancien chancelier Gerhard Schröder.
L’Ukraine devait être selon la diplomatie américaine un pion central, à l’instar de la Géorgie, dans une politique de containment de la Russie. Le retour au pouvoir d’anciens apparatchiks clôt cette période. C’est la fin du « moment américain » et le retour dans le giron russe !


Jean Vinatier

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samedi 6 février 2010

Sus aux PIGS…et à l’Europe ! - N°627-3e année

Le Marché a lancé ses pitbull sur les PIGS ! Après la Grèce, la péninsule ibérique (Espagne et Portugal) est toute entière sous l’œil vigilant des institutions financières (p.e : le FMI). La bourse madrilène a perdu 14% hier. Les gouvernements de la zone euro, promettent les plans les plus drastiques pour réduire leurs déficits : allonger l’âge du départ à la retraite, 67 ans selon le Premier ministre Zapatero, tailler dans les services publics.
Evidemment ce qui se passe concerne non seulement l’ensemble des 15 pays de la zone euro mais aussi les autres Etats de l’Union européenne.
Pourquoi soudainement, la zone euro est-elle toute entière attaquée ? Rappelons tout d’abord que l’Union européenne est un géant économique et donc une puissance même si cela n’est jamais mis en avant par les dirigeants : Cette Union contrarie-t-elle d’autres rivaux économiques ? Citons, par exemple, le maillage énergétique planétaire au sein duquel l’Union européenne est absente, se pourrait-il que pour certains gros financiers et patrons de multinationales anglo-américains l’Europe ne soit plus qu’un obstacle ou une gêne à neutraliser ?
Ne jouent-ils pas sur les institutions européenne telle la BCE ? Cette dernière ne pouvant pas, de par ses statuts, se porter au secours des Etats demandeurs d’aides, ce sont les membres de la zone euro qui doivent, en aggravant leurs déficits, en empruntant sur le marché à des taux non avantageux et en sollicitant la banque centrale européenne, se débrouiller pour trouver une solution! N’est-ce pas une situation kafkaïenne ?
Cela étant dit, les dettes, les déficits publics des PIGS sont-ils si calamiteux ? Hier le Congrès américain n’a-t-il pas autorisé une augmentation du déficit de 1500 milliards de dollars afin de ne pas empêcher l’Etat fédéral…d’emprunter sur les marchés : Wall Street s’est-il écroulé ?
Les Etats-PIGS pourraient-ils faire faillite ? Il serait plus judicieux de parler de banqueroute plutôt que de faillite : un Etat n’est pas une entreprise même si le « management » s’introduit dans les administrations et les structures publiques et para-publiques. Un Etat ne peut pas faire faillite –gardons le mot – tout simplement parce que les créances sur ses dettes cesseraient d’avoir la moindre valeur! Le Marché doit pouvoir continuer à acheter de la dette.
Pour leur malheur, les Etats européens sont de plus en plus dans une situation de dépendance ou de fuite en avanton . Prenant le relais du Marché, les institutions financières comme le FMI dirigé par Dominique Strauss-Khan, tiennent le même raisonnement que les banques et les financiers : elles prônent l’austérité.
Le Marché prend donc les Etats européens à la gorge, les contraignant à se réformer en profondeur, à privatiser au maximum y compris aux dépens de ses missions régaliennes : regardez bien la progression des armées privées (mercenaires), de polices privées (relire les propos de Michel Alliot-Marie alors ministre de l’Intérieur) Ne sommes-nous pas face à une attaque qui viserait à dénaturer les Etats ?
Affaiblir l’Union européenne comme acteur économique et désarticuler les Etats membres ne sont-ce pas les vues des acteurs anglo-américains et de leurs alliés dans cette attaque spéculative ?
A la crise financière s’ajoute, la crise sociale et désormais la crise politique : l’UE débute une période de turbulences aux conséquences incertaines, multiples..
A Davos comme auparavant à Toulon, le Président Sarkozy a eu raison d’en appeler à un nouveau Bretton Woods : la nécessité d’établir une monnaie de référence internationale, autre que le dollar, devient une urgence.

Jean Vinatier

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mercredi 3 février 2010

Turkménistan : Au cœur des gazoducs : N°626-3e année

Lors de la visite à Paris ce 1er février du Président turkmène, Gurbanguly Berdimahamedow, l’Elysée soulignait dans son communiqué : "la nécessité de renforcer les efforts pour assurer le transit stable et pacifique des ressources énergétiques vers les marchés internationaux"¹
Le 6 janvier 2010, les présidents iranien et turkmène inauguraient le gazoduc Dovletabat-Sarakhs-Khangiran reliant le nord de l’Iran dans le bassin de la mer Caspienne aux gisements gaziers turkmènes sous l’œil bienveillant et rassuré de la Chine et de la Russie. Ces signatures, comme le souligne avec pertinence le diplomate indien M K Bhadrakumar dans son article publié dans Asiatimes², pourraient bel et bien donner un nouveau visage énergétique à l’ensemble de l’Asie.
Le Turkménistan en attribuant la totalité de ses exportations de gaz à la Chine, l’Iran et la Russie, signifie de façon éclatante qu’il considère ces trois puissances comme des voies de transport primordiales.
L’accord irano-turkmène apporte d’autre part un démenti cinglant selon lequel l’Iran serait isolé. Téhéran aura une position parfaite pour les exportations gazières turkmènes notamment en direction de la Turquie (Tabriz-Ankara) qui entend, évidemment, être une plaque tournante de la distribution de gaz en direction de l’Union européenne.
Si la Chine se tient un peu éloignée de la mer Caspienne, la Russie et le Turkménistan, au terme de plusieurs voyages officiels, estiment que « les
deux pays ne considèrent pas la sécurité de l’un sans envisager celle de l’autre »² Concrètement ce rapprochement se traduira premièrement par le développement du gazoduc transcaspien, deuxièmement, par la construction conjointe d’un gazoduc « est-ouest reliant tous les puits de gaz turkmènes à un même réseau afin de permettre l’acheminement de gaz vers la Russie, la Chine et l’Iran depuis n’importe quel gisement »²
Parallèlement à ces accords Moscou a obtenu en décembre 2009 de doubler son importation de gaz azerbaïdjanais afin que Bakou ne devienne pas un port de transit pour le gazoduc Nabucco (Etats-Unis/Union européenne)
La Russie obtient son rang de premier fournisseur de gaz vers l’Union européenne via South Stream et North Stream qui alimenteront l’Europe au sud et au nord (via la Baltique) Devant cette situation, l’Union européenne compte beaucoup sur le gaz irakien³ pour maintenir le projet Nabucco mais sur le chemin il y aura la Turquie très pro-russe !
Après le Kazakhstan, le Turkménistan confirme bien que tous ces pays autrefois parties intégrantes de l’empire russe puis soviétique recouvrent une importance qui place les puissances Atlantiques (Europe/Etats-Unis) devant des enjeux qui devraient malheureusement nous amener à un état de dépendance inquiétant. Une fois encore, répétons-le, l’Asie s’organise petit à petit pour elle-même, elle s’attache au développement de sa partie centrale, de sa façade Pacifique et elle entendra garantir les voies maritimes dont celles en direction de l’Afrique et notamment vers l’Afrique des Grands Lacs et le Congo (Kivu)
Devant de tels enjeux, le communiqué élyséen se réduit comme une peau de chagrin. Une chance, le Président Gurbanguly Berdimahamedow veut énormément bâtir ce qui placerait les entreprises du BTP français sur les rails. Il y aurait donc une petite satisfaction…..


Jean Vinatier

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Sources :

1-
http://fr.rian.ru/world/20100201/185974574.html

2-M K Bhadrakumar : Russia, China, Iran redraw energy map
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/LA08Ag01.html

3-Robert M Cutler : Reconfiguring Nabucco:
http://www.atimes.com/atimes/Central_Asia/LA28Ag01.html

http://eco.rue89.com/2009/12/27/le-gazoduc-nabucco-et-les-enjeux-dune-politique-energetique-de-lue-131056


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mardi 2 février 2010

Georges Bernanos :1944 « La révolution de la liberté » –N°625-3e année

La maison d’édition bordelaise Le Castor Astral a eu l’excellente idée de rééditer l’essai de Georges Bernanos (1888-1948), La France contre les robots, paru la première fois à Rio de Janeiro, aux éditions La France Libre en 1946. La préface de l’écrivain et journaliste Pierre-Louis Basse et la postface d’Albert Béguin (1901-1957) forment deux interventions de choix, de la part de deux hommes de générations différentes et d’horizons politiques séparés, autour de la personnalité emblématique de Georges Bernanos qui quoique chrétien et royaliste voua aux gémonies, outre tous les bien-pensants, titre d’un essai en 1931, Franco (Les grands cimetières sous la lune) et Pétain ainsi que Charles Maurras ! Résistant, gaulliste dés juin 1940, ses deux fils combattront dans les rangs des FFL, il écrira La France contre les robots à la fin de la guerre (1944-1945) dans le cadre du Comité central des Français Libres de l’Amérique Latine avec pour centre le Brésil. Ce détail a toute son importance quand on sait le programme politique, économique et social rédigé par le Conseil National de la Résistance aujourd’hui, abattu pierre par pierre par l’actuel pouvoir.
Albert Béguin a écrit dans sa postface que
La France contre les robots n’était pas un « pamphlet politique » mais une « apologie de la Liberté, défi jeté aux idolâtries du profit et de la force » Pierre-Louis Basse, en préface, ne lui répond-il pas en posant la question politique soulevée par Bernanos « Quelle place pour l’individu, écrasé par " la Mecque du capitalisme universel " » ?
Les 122 pages de cet écrit d’exil nous rappellent d’autres auteurs, Aldous Huxley, Georges Orwell, Herbert Georges Wells, le cinéaste Fritz Lang (Métropolis), le comédien Charlie Chaplin (Les temps modernes) qui prévinrent du danger de la soumission à la Société Machine destructrice de l’homme libre. Tous leurs écrits et films ont été prémonitoires.
Le texte d’une vingtaine de pages proposé ci-dessous en extraits s’intitule
La révolution de la liberté (décembre 1944) Il reprend l’esprit de La France contre les robots et figure avec d’autres écrits et correspondances inédites dans cet ouvrage.
Au fond, n’est-ce pas Paul Valéry, vers 1920, avec son affirmation
« l’histoire du monde fini commence » qui suggéra en premier la réflexion fondamentale ?

« (…Il y a vingt ans, le petit bourgeois français refusait de laisser prendre ses empreintes digitales, formalité jusqu’alors réservée aux forçats. Oh ! oui, je sais, vous vous dites que ce sont là des bagatelles) Mais l’homme de mon pays, l’homme de l’ancienne France attachait à ses bagatelles une importance énorme. Chaque citoyen, chaque corporation, chaque état, chaque confrérie et presque chaque village, avait ses privilèges et les maintenait coûte que coûte. Durant des siècles pas un homme de police n’eût franchi le seuil inviolable de l’Université de Paris, sans être massacré par les étudiants. L’abbaye de Saint-Germain-des- Prés, comme beaucoup d’autres, jouissait du droit d’asile. Les immenses terrains qu’elle possédait au bord de la Seine, étaient ainsi devenus un repaire de malandrins. L’Abbé leur proposa de les embarquer à ses frais pour l’Amérique, avec un petit pécule. Dix-huit refusèrent pour lesquels on exigea du Roi une lettre de pardon. L’homme de l’ancienne France, cher lecteur, vous paraîtrait aisément aujourd’hui un anarchiste. Ce que vous appelez désordre, il l’appelait ordre. Je suis un homme de l’ancienne France, les Démocraties d’uniformisation me font rire. L’opinion publique, au XVIIIe siècle, s’est soulevée contre l’usage traditionnel d’enrôler de force, dans les ports, en cas de nécessité, un certain nombre de jeunes marins. Elle accusait aussi les sergents recruteurs de payer trop généreusement à boire aux garçons dont ils sollicitaient la signature qui allait les faire, pour six ans, soldats du Roi…
Aujourd’hui l’exception est devenue la règle, la Démocratie mobilise tout, hommes, femmes, enfants, animaux et machines, sans même vous demandez de trinquer à sa santé.
[….]
Tandis que j’écris ces lignes, quelques centaines d’hommes dont les noms sont ignorés du public mais la puissance presque sans bornes, réunis par groupes dans de somptueux bureaux standards, discutent entre eux les ressources de chaque nation en fer, en cuivre, en manganèse, en phosphates, en pétrole, et se croient capables de fixer en dernier ressort, appuyés sur leurs statistiques, la destinée du genre humain. J’ai bien le droit d’établir des statistiques, moi aussi. Je me demande quel est le pays où l’on trouve, sinon le plus d’hommes libres, du moins le plus d’hommes héréditairement et traditionnellement attachés non à l’idée vague, théorique ou juridique de la liberté – comme un philosophe déiste au concept de l’Être Suprême inaccessible et inconnaissable – mais à leurs libertés, à leurs droits, si humbles qu’on les suppose, à leurs droits, à leurs dignités ! Car pour qu’un homme puisse se dire libre, il importe absolument qu’il ait fait de la Liberté son point d’honneur. Un homme d’honneur peut se passer de radio, de cinéma, d’auto, de frigidaire, mais il ne peut pas se passer d’honneur. Il refuse de céder la plus petite parcelle de son honneur, c’est-à-dire de ses libertés légitimes. Un homme d’honneur peut très bien mourir par point d’honneur – pour une raison en apparence futile. Elle n’est futile que pour les imbéciles. Un imbécile en effet est seul capable de se demander sérieusement si le simple geste à peine esquissé d’un soufflet, doit être considéré moins insultant qu’un coup de pied au derrière. Lorsqu’on comprend cela, on est beaucoup moins tenté de rire du brave bourgeois français refusant de laisser prendre ses empreintes digitales. Il avait parfaitement le droit de se demander si on s’en tiendrait là, si on ne finirait pas par lui imprimer au fer rouge un numéro sur la cuisse, afin de faciliter le travail des fonctionnaires. Et d’ailleurs les raisons par lesquelles on justifie la première mesure, serviraient aussi pour la seconde. Elles serviraient pour beaucoup d’autres, elles serviraient presque à l’infini. L’erreur commune est de se dire, à chaque nouvelle restriction : « Après tout, ce n’est qu’une liberté qu’on me demande. Lorsqu’on se permettra d’exiger ma liberté toute entière, je protesterai avec indignation ! »
[…]
Je m’excuse de dire ici en peu de mots ce qui ferait la matière d’un livre, mais qu’importe ! Ceux qui lisent ces lignes avec indifférence s’endormiraient sur le livre. Je n’ai jamais parlé pour les gens qui, sous prétexte de comprendre, exigent de moi que je les rassure, que je les rende rassurés à leurs habitudes de penser et de sentir, à leurs pantoufles. A ceux qui veulent courir le risque de penser par eux-mêmes, je n’ai pas de consigne à donner, j’essaie de leur ouvrir un chemin. Je ne suis pas un philosophe, un penseur, un professeur. Je suis un homme comme vous, comme n’importe lequel d’entre vous, mais je sens ce que vous ne sentez pas, ce que vous subissez sans le sentir, - l’immense pression exercée à chaque heure, jour et nuit, sur nous tous, par le conformisme universel, anonyme, disposant de ressources inépuisables, de méthodes ingénieuses et implacables pour la déformation des esprits. Ces ressources, ces méthodes sont entre les mains d’un petit nombre d’hommes d’argent sans scrupule, beaucoup plus puissants que les gouvernements, et dont la bonne volonté stupide serait plus à craindre que la malice. Sous leurs coups répétés, je vois s’effondrer l’une après l’autre les des traditions spirituelles mille fois plus précieuses et vénérables encore que la vénérable et précieuse abbaye du Mont-Cassin. Je ne suis ni professeur, ni philosophe, mais si je l’étais, je ne croirais pas qu’il suffise d’opposer quelques définitions irréprochables à des milliers de slogans manœuvrant bien en ordre et chargeant ensemble comme des tanks. On se moque toujours des gens qui se paient d’idées. Qu’importe l’idée inscrite sur un papier froid, ou dans un cerveau presque aussi froid que le papier !
Il faut qu’une idée s’incarne dans nos cœurs, qu’elle y prenne le mouvement et chaleur de la vie. [….] Lorsque l’idée de liberté ne sera plus que dans les livres, elle sera morte. Ô vous qui me lisez, commencez par le commencement, commencer par ne pas désespérer de la Liberté ! L’énorme mécanisme de la Société moderne en impose à vos imaginations, à vos nerfs, comme si son développement inexorable devait tôt ou tard vous contraindre à livrer ce que vous ne lui donnerez pas de plein gré. Le danger n’est pas dans les machines, sinon nous devrions faire ce rêve absurde de les détruire par la force, à la manière des iconoclastes qui, en brisant les images, se flattaient d’anéantir aussi les croyances. Le danger n’est pas dans la multiplication des machines, mais dans le nombre sans cesse croissant d’hommes habitués, dès leur enfance, à ne désirer que ce que les machines peuvent donner. Le danger n’est pas que les machines fassent de vous des esclaves, mais qu’on restreigne indéfiniment votre liberté au nom des Machines, de l’entretien, du fonctionnement, du perfectionnement de l’universelle Machinerie. Le danger n’est pas que vous finissiez par adorer les Machines, mais que vous suiviez aveuglément la Collectivité –dictateur, état, parti –qui possède les Machines, dispose des Machines, vous donne ou vous refuse la production des Machines. Non, le danger n’est pas dans les Machines, car il n’y a d’autre danger pour l’homme que l’homme même. Le danger est dans l’homme que cette civilisation s’efforce en ce moment de former.
[…]
L’individu dispose d’un petit nombre de moyens, chaque jour réduit, de résister à la pression de la masse, comme un sous-marin en plongée, à celle de l’eau. Tous les régimes, au cours, de l’Histoire, ont tenté de former un type d’homme accordé à leur système, et présentant par conséquent la plus grande uniformité possible. Il est inutile de dire une fois de plus que la civilisation moderne dispose, pur atteindre ce but, de moyens énormes, incroyables, incomparables. Elle est parfaitement en mesure d’amener peu à peu le citoyen à troquer ses libertés supérieures contre la simple garantie des libertés inférieures, le droit à la liberté de penser – devenu inutile puisqu’il paraîtra ridicule de ne pas penser comme tout le monde – contre le droit à la radio ou au cinéma quotidien.
[….]
Il est évidemment difficile de se représenter un citoyen des Démocraties venant échanger au guichet de l’Etat, sa liberté de penser contre un frigidaire. Les choses ne se passeront pas exactement ainsi, bien entendu. Mais nous savons la tyrannie que l’habitude exerce sur presque tous les hommes. Nous voyons aujourd’hui la spéculation exploiter avec une espèce de rage croissante les habitudes de l’homme. Elle en crée sans cesse de nouvelles – en même temps que les joujoux mécaniques que ses ingénieurs lui fournissent, et qu’elle jette inlassablement sur le marché. La plupart de ces besoins, constamment provoqués, entretenus, excités par cette forme abjecte de la Propagande qui s’appelle la Publicité, tournent à la manie, au vice. La satisfaction quotidienne de ces vices portera toujours le nom modeste de confort, mais le confort ne sera plus ce qu’il était jadis, en embellissement de la vie par le superflu, le superflu devenant peu à peu l’indispensable, grâce à la contagion de l’exemple sur les jeunes cerveaux de chaque génération. Comment voulez-vous qu’en homme formé, dès les premières heures de sa vie consciente, à ces innombrables servitudes, attache finalement grand prix à son indépendance spirituelle vis-à-vis d’un système précisément organisé pour lui donner au plus bas prix ce confort, mais encore pour l’améliorer sans cesse ?
Georges Bernanos »¹



Jean Vinatier

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Source :

1- Bernanos (Georges) La France contre les robots, Préface Pierre-Louis Basse, Postface Albert Béguin, Bordeaux, Le Castor Astral Editeur, 2009, pp.166-167, 168-169, 171-172, 172, 172-173, 173-174.


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Obama défie la Chine ? N°624- 3e année

La signature d’un contrat d’armement (achat de 66 F16) entre les gouvernements de Taipei et de Washington a suscité une violente colère à Pékin et l’annonce d’une prochaine rencontre entre le Président Obama et le Dalaï-lama ne fait qu’attiser les agacements. Quelques semaines plus tôt, Hillary Clinton prenait fait et cause pour Google, entreprise américaine, qui venait d’annoncer son retrait du marché chinois au nom de la défense des internautes chinois dissidents du régime communiste.
Cette montée en opposition des rapports sino-américains ne surprend guère depuis que la Chine s’est refusée au principe du G2. Hillary Clinton cédant à la facilité, parle d’un nouveau rideau de fer. Si cette formule confirme bel et bien que les Etats-Unis sont incapables de regarder le monde autrement qu’en mode binaire, elle ne cache pas une contradiction : comment peut-on d’un côté encourager les délocalisations en Chine, être le premier client de ce pays et de l’autre décréter que ce pays est muré ?
En fait si cette offensive américaine se consacre à la question chinoise stricto sensu, elle prend soin également de maintenir dans son ère d’influence le Japon ainsi que Taiwan. Tokyo aimerait bien prendre plus de distance avec les bases militaires de Marine’s tandis que le Président taiwanais Ma Ying-jeouTaipei oscille entre rapprochement avec la Chine continentale et l’attitude du Bernard-l’hermite.
Nous assistons donc à une manœuvre américaine qui s’inscrit dans un processus de « containement » et de rappel à l’ordre de ses alliés. Le Président Obama en encourageant cette politique ne fait montre d’aucune originalité, il rentre dans le lit de la diplomatie washingtonienne. Il cède également aux pressions des lobbies militaires qui craignent une suprématie aérienne chinoise dans les années à venir.
De son côté, le gouvernement chinois entend réaffirmer, à la veille de l’inauguration de l’Exposition universelle de Shanghai (mai-octobre 2010) qu’elle recevra, en qualité d’empire du Milieu, l’ensemble des puissances. Comme pour les Jeux Olympiques de 2008, le parti communiste chinois jouera la carte de l’intransigeance comptant sur le fait qu’étant le moteur et l’atelier du monde, la Chine peut oser et espérer surtout qu’on ne voudra pas la contredire. C’est là, une prétention clairement affichée.
Cette confrontation sino-américaine est risquée pour les deux Etats et elle l’est d’autant plus qu’une tierce force ne peut pas s’entremettre pour calmer le jeu. Les Etats-Unis rappellent également à leurs alliés (Japon, Taiwan) qu’ils ne peuvent pas évoluer hors de l’Aigle étoilé alors que ces mêmes nations cherchent à développer avec Pékin une politique de coopération économique avec en ligne de mire, notamment, la Sibérie (un enjeu sino-russe et asiatique) et la maîtrise des mers : Washington possède-t-il encore la force nécessaire pour contrevenir à la diplomatie évolutive asiatique ? Miser sur le seul effondrement boursier chinois, paraît bien léger et dangereux. Il reste le dollar, une monnaie, devenue une bombe à retardement pour les deux géants….


Jean Vinatier

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In Seriatim :

Japon :


http://www.seriatimonline.com/2009/08/japon-fluctuat-nec-mergitur-n514-3e.html
http://www.seriatimonline.com/2009/10/siberie-sino-russe-et-asiatiquen551-3e.html
http://www.seriatimonline.com/2009/10/kissinger-chine-et-japon-semancipent.html
http://www.seriatimonline.com/2009/11/japon-obama-face-un-soleil-levant-n567.html

Chine/USA

http://www.seriatimonline.com/2008/12/chineetats-unis-nous-nous-tenons-par-la.html
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http://www.seriatimonline.com/2009/07/chineetats-unis-deux-anses-pour-un-vase.html


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lundi 1 février 2010

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vendredi 29 janvier 2010

2010-2012 : le marécage –N°623-3e année

Le Président de la République, partie civile, ne pouvant agir, il revenait donc au procureur Marin de faire appel du jugement qui a relaxé l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin et il l’a fait depuis une radio: n’est-ce pas honteux ? Notons, que Me Herzog compte bien être présent au procès, autrement dit, Nicolas Sarkozy lui-même !
Ce choix politique lance la campagne présidentielle de 2012 et donne, par voie de conséquence, une place de choix à l’ennemi personnel de Nicolas Sarkozy. La vendetta personnelle du Président de la République se fait en dehors de toute tactique, elle est mue par l’unique souci de « tuer » un homme qui l’a concurrencé à la candidature pour la présidence de la République. Les magistrats de la cour d’appel étant des magistrats du siège, leur liberté est totale, l’Elysée prend le risque d’une confirmation du jugement en 2011 qui donnerait plus de voilure à un homme qui ne dispose pourtant d’aucun mandat et ne compte que quelques élus avec lui. Est-il donc si dangereux que cela pour qu’on lui consacre autant de forces ? Souvenons-nous que Michel Rocard a été autrement manœuvré par François Mitterrand. C’est là la différence entre un florentin et un camelot….
Par ailleurs, le parti socialiste est confronté, après la question des retraites, à la petite phrase de Georges Frêche, le potentat du Languedoc-Roussillon. Il est assez maladroit de le montrer antisémite alors qu’il soutient sans baragouiner la politique israélienne, ce qui lui vaut d’ailleurs le plein soutien des Français juifs de sa région. La rue de Solferino, non contente, de cette tentative de déstabilisation d’un homme au fort caractère mais qui a l’avantage de lui garantir une région importante, lui lance dans les pattes une liste concurrente à la tête de laquelle est la mairesse de Montpellier…une « frêchiste » !
Martine Aubry agit comme ont été les chiraquiens en voulant pousser hors de la Mairie de Paris Jean Tibéri qui avait, pourtant mérité son bâton de maréchal. C’est Bertrand Delanoë qui rafla la mise pour le malheur de la capitale. La droite pourra-t-elle profiter de cette dissension de la gauche ? Le degré de clientélisme est si élevé que le Languedoc-Roussillon s’accommodera, sans doute pour la dernière fois, de ce président atypique ! Si cet exemple socialiste offre un aperçu des surprises qui interviendront au fur et à mesure que l’échéance présidentielle se précisera, il peut être vu aussi comme une manœuvre habile : si Frêche est battu, le PS aura eu raison de son choix et dans le cas contraire l’état-major socialiste aura fait ce qu’il pensait juste.
Les autres partis, MODEM, Parti de gauche, parti communiste, NPA, les Verts, le FN…etc ne tireront que de biens maigres pitances non seulement des élections régionales mais aussi de celle de 2012.
Le maintien du bipartisme est un enjeu majeur tant pour l’UMP que pour le PS d’où leur soulagement à l’échec du MODEM conduit par François Bayrou en 2007 qui depuis ne cesse de se défaire, élu après élu : le dernier en date étant le sénateur des Yvelines Nicolas About qui rejoint Valérie Pécresse.
Les deux partis du bipartisme ne sont que des machines à faire des présidentiables avec le minimum d’idéologie. PS et UMP sont deux familles qui arbitrent leurs parentèles sans se soucier du moins du monde du climat social et s’entendraient presque à programmer l’alternance pour la fonction présidentielle. Pour l’heure, le bail de 10 ans court en faveur de Nicolas Sarkozy…sauf événement extraordinaire.
Les Français n’entendent plus descendre dans la rue même s’ils n’en pouvaient plus et quand bien même ils l’oseraient les syndicats et la presse s’emploieraient à les décourager.
Nous assistons à la fin d’une République dont la démocratie ne sera plus qu’un décor de théâtre ou un moment de télé-réalité pour entrer dans une autre période dite post-démocratique car les idéologies ne sont plus. Nous commençons l’ère de l’unique pensée sur fond d’une identité nationale malmenée, déconstruite.



Jean Vinatier

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